Une illustration ne doit pas devenir une preuve implicite
Prenons un exemple fictif : un article décrit les difficultés de recrutement dans une profession. Un dessin abstrait peut évoquer le sujet. Une image réaliste montrant un atelier désert, avec une enseigne et des machines reconnaissables, suggère déjà une situation particulière. Le lecteur peut penser que la rédaction s’est rendue sur place ou que l’entreprise représentée rencontre ces difficultés. Le choix visuel ajoute ainsi des informations que l’enquête n’a peut-être jamais établies.
Le besoin de l’article permet de trancher. Pour documenter un lieu ou une personne, il faut un document vérifiable. Une illustration conceptuelle remplit une autre fonction ; elle peut être examinée comme telle. Lorsque la preuve visuelle manque, la rédaction peut revoir sa présentation ou garder le texte sans cette image. La place laissée vide dans la maquette ne justifie pas de fabriquer la scène attendue.
Dans ses règles sur l’IA générative publiées le 15 août 2023, Associated Press refuse d’ajouter ou retirer des éléments de ses photos par IA générative et de diffuser des images générées représentant faussement la réalité. L’agence prévoit le cas où une création générée est elle-même le sujet de l’information, avec une identification claire en légende. Il s’agit des règles d’AP, pas d’une autorisation générale pour les autres médias.
Une charte peut fermer certains usages même si le logiciel les rend faciles. La phrase « nous vérifions nos images » ne tranche pas le cas d’une scène photoréaliste commandée pour remplacer un reportage absent. Mieux vaut discuter cet exemple avec l’équipe et écrire la décision retenue. Au moment de boucler, chacun saura si le visuel proposé respecte le choix du média, sans avoir à redéfinir sa politique dans l’urgence.
Quand l’image générée est le sujet de l’article
Le besoin est différent si le média enquête sur une image fabriquée qui circule en ligne. La montrer peut aider à comprendre le sujet traité. La rédaction doit alors expliquer son statut et la raison de sa reproduction. L’image ne documente pas l’événement qu’elle représente ; elle documente ce que l’article examine, sous réserve d’avoir établi son origine et son parcours avec les éléments disponibles.
Dans un exemple fictif, un article analyse une fausse affiche attribuée à une organisation. Une reproduction peut être accompagnée d’une légende indiquant qu’il s’agit du document contesté, avec la date de collecte et l’origine vérifiée. Le média doit veiller à ce que le titre ou le recadrage ne transforme pas cette reproduction en nouvelle annonce de l’organisation. La mise en page participe à la compréhension du statut du document.
Le lecteur qui ne voit que la miniature sociale n’aura peut-être pas accès à l’explication. La rédaction peut donc choisir une autre image pour le partage, ou préparer une présentation où le caractère fabriqué du document reste immédiatement compréhensible. Ce choix se vérifie sur le rendu effectivement visible, à petite taille, et avec le texte qui l’accompagne.
Il reste possible de décrire une image sans la reproduire intégralement. La décision dépend de ce que sa présence permet de comprendre et de ce qu’elle risque de faire circuler hors contexte. Ce jugement doit être formulé pour le cas traité. Une mention générale dans la charte IA du média ne répond pas à elle seule à la question de publier cette reproduction précise dans ce format précis.
Évaluer la composition, pas seulement les défauts visibles
Corriger une anomalie graphique peut rendre le problème moins visible. Dans l’atelier fictif, des machines mieux dessinées renforceraient peut-être l’impression d’une photographie de reportage. La relecture doit donc porter sur l’ensemble proposé au lecteur : l’image sous ce titre, accompagnée de cette légende. Une composition sans défaut apparent peut encore raconter une situation que l’article n’a pas établie.
Les personnes représentées appellent une attention particulière. Une silhouette supposée générique peut être interprétée comme un salarié, un témoin ou un responsable du dossier. Une scène de conflit peut attribuer un comportement à une catégorie de personnes alors que l’article ne décrit aucun fait de cette nature. Si l’image ajoute une accusation ou une situation inventée, un avertissement discret ne suffit pas à rendre ce choix pertinent.
La rédaction peut préférer un schéma fondé sur les informations vérifiées, un objet réellement photographié ou une composition explicitement illustrative. Ce sont des possibilités à examiner, pas des solutions interchangeables. Un schéma peut lui aussi déformer une proportion ou une relation. Une photo d’archives a une date et un contexte. Le choix retenu doit pouvoir être expliqué par ce qu’il apporte à l’article.
Pour essayer la présentation, un collègue peut découvrir le visuel sans avoir lu la consigne de génération. Ce qu’il croit regarder intéresse davantage la rédaction que son avis sur la beauté de l’image. S’il y voit une scène réellement observée, le choix mérite une reprise. Cet essai proposé ne représente pas l’ensemble du public ; il peut simplement révéler une ambiguïté avant publication.
Garder l’explication quand l’image circule
Une mention placée à la fin de l’article peut ne jamais accompagner l’image partagée. La rédaction doit prévoir le statut du visuel dans les formats qu’elle produit : image principale, carte sociale, publication avec photo jointe ou autre déclinaison. Chacun mérite un contrôle, car le texte disponible et le recadrage peuvent différer. La copie utilisée pour un réseau peut perdre une partie de l’explication présente sur le site.
Le libellé doit correspondre à ce qui a été fait. Une image entièrement générée, une photographie retouchée et une reproduction d’un document généré ne décrivent pas la même opération. Le média peut nommer simplement la technique et la fonction du visuel. Il doit éviter une formule vague qui obligerait le lecteur à deviner si la scène a été photographiée ou construite.
Le guide pour expliquer l’usage de l’IA aux lecteurs traite la politique d’information du média. Pour l’image particulière, cette politique doit se traduire dans une présentation locale et compréhensible. Une charte accessible ailleurs donne du contexte, mais le lecteur doit pouvoir reconnaître le statut du visuel au moment où il le rencontre.
La préparation des relais ajoute une autre vérification : l’outil utilise-t-il bien le fichier choisi, avec le texte prévu ? EditoRelay permet de préparer des propositions par réseau à partir des articles détectés ; cela ne vaut pas certification de l’origine d’une image. Une validation éditoriale avant diffusion reste l’endroit où l’équipe examine la fidélité du texte et l’adéquation du visuel. Aucune génération d’image ni détection de faux n’est supposée ici.
Les informations de provenance ont un périmètre
Les Content Credentials peuvent contenir des informations sur la création et les modifications d’un fichier. La FAQ du C2PA décrit un dispositif de provenance vérifiable par des mécanismes cryptographiques. Elle précise aussi que la vérification complète des éléments incorporés dans une composition demande l’accès aux données correspondantes. La présence d’une information de provenance ne permet donc pas de supposer que toute l’histoire documentaire du fichier a été examinée.
Pour une rédaction, la conséquence est de distinguer ce que le fichier déclare de ce que l’enquête établit. Une indication sur un outil de création renseigne le traitement du fichier. Elle ne suffit pas à identifier un lieu, à dater l’événement représenté ou à confirmer la légende proposée par une personne qui le transmet. Ces questions demandent leurs propres éléments de vérification.
La même FAQ explique que les données de provenance peuvent être séparées du média et que certains mécanismes permettent d’en retrouver l’association. L’absence de ces informations dans la copie reçue ne prouve donc pas, à elle seule, qu’une image a été générée. Inversement, un historique disponible n’autorise pas à traiter la scène comme exacte sans examen du contexte. Le média doit décrire ce qu’il a pu vérifier, sans faire d’un indicateur technique un verdict universel.
Dans la fiche de travail, quelques observations précises sont plus utiles qu’un simple « image authentique ». Qui a transmis le fichier ? La rédaction dispose-t-elle de l’original ou d’une capture ? Quelles informations ont été consultées, et lesquelles manquent ? Cette trace permet à une autre personne de reprendre la vérification. Elle évite aussi que l’incertitude disparaisse lorsqu’un fichier passe du journaliste au responsable des réseaux.
Prévoir ce qui se passe après une contestation
Un lecteur peut signaler que l’image paraît montrer un lieu réel ou qu’elle contredit le texte. Pour examiner ce signalement, la rédaction doit retrouver le fichier publié, sa provenance connue, les transformations effectuées et la décision qui a conduit à son emploi. Un message « c’est bon » ne dit pas ce qui avait été examiné ; il laisse la personne qui reprend le dossier refaire cette recherche.
La correction peut concerner la légende, le choix du visuel ou l’ensemble de la publication. Modifier l’image dans le CMS ne démontre pas que toutes les copies sociales ont changé. Le guide des aperçus Facebook et LinkedIn distingue notamment une vignette de lien d’une photo directement jointe. Le responsable de diffusion doit identifier les publications concernées avant de considérer la correction terminée.
Les versions conservées dans la médiathèque méritent aussi un traitement. Un fichier rejeté qui reste disponible sous un nom banal peut être sélectionné à nouveau plus tard. L’équipe peut le retirer du circuit courant tout en conservant la trace nécessaire pour comprendre l’incident. Le rangement des fichiers prolonge ici une décision éditoriale ; il ne doit pas effacer les éléments qui permettent de l’expliquer.
Le signalement peut enfin servir à préciser la prochaine commande d’illustration : ce qu’elle doit expliquer, la confusion à éviter et les formats à relire. La personne chargée de la validation aura ainsi un cas concret à examiner. Si aucun visuel disponible ne remplit ce rôle sans ajouter une scène inventée aux faits, publier l’article sans cette illustration reste une décision éditoriale possible.
Sources officielles
Documents utilisés pour vérifier les points techniques de cet article.